On connaît la Statue de la Liberté. Beaucoup moins l’homme qui l’a conçue.
Depuis le 15 septembre, le musée d’Orsay remet Auguste Bartholdi au centre de l’histoire avec une exposition qui relie Colmar, Paris et New York. Et démontre que l’icône américaine est aussi une sacrée histoire alsacienne.
Intitulée Auguste Bartholdi. La Liberté éclairant le monde, elle est visible jusqu’au 31 janvier 2027. Une exposition attendue : l’œuvre du sculpteur colmarien entre enfin dans un grand musée national, une première.
Colmar monte à Paris
Le musée Bartholdi de Colmar participe à cette exposition.
96 œuvres des collections du musée colmarien ont rejoint Paris : sculptures, maquettes, dessins, photographies et archives.
Dans les salles d’Orsay, le visiteur ne retrouve donc pas seulement le visage mondialement connu de « Lady Liberty ».
Il découvre aussi un artiste formé à Paris, mais façonné par l’Alsace.
Né à Colmar en 1834, Bartholdi y reçoit ses premières commandes publiques. Après 1870, il défend sa ville dans la garde nationale, choisit la nationalité française en 1871 et engage son art dans une histoire politique qui mènera notamment au Lion de Belfort.
Avant New York, l’Égypte
L’exposition a le mérite de casser le récit trop bien huilé d’une statue née d’un seul coup de génie.
Le point de départ se situe bien plus au sud : Bartholdi avait imaginé, pour l’entrée du canal de Suez, une immense figure féminine portant une lumière.
Le projet égyptien échoue en 1869, mais l’idée ne disparaît pas. Elle change simplement de continent.
Avec le juriste Édouard Laboulaye, Bartholdi transforme cette première ambition en monument célébrant l’amitié franco-américaine et l’indépendance des États-Unis.
La Liberté n’est alors pas conçue comme un cadeau officiel de la France aux États-Unis, mais comme une œuvre financée par les citoyens des deux pays : les Français doivent payer la statue, les Américains son piédestal.
Une campagne participative avant l’heure
Bartholdi ne se contente pas de sculpter. Il sait vendre son idée.
Pour réunir les fonds, le projet utilise tout ce que le XIXe siècle invente ou accélère : presse illustrée, photographies, reproductions en petit format, expositions universelles et événements publics.
La Statue de la Liberté devient célèbre avant même d’être terminée.
La main tenant le flambeau est ainsi montrée séparément à Philadelphie en 1876, puis à New York.
Le buste de la statue fait son effet à l’Exposition universelle de Paris, en 1878.
Haute de 46 mètres, hors piédestal, la statue ne pouvait pas être fondue en bronze : trop lourde, trop difficile à supporter. Elle est donc habillée de fines plaques de cuivre martelé, épaisses de seulement 2,5 millimètres, fixées sur une charpente métallique.
Viollet-le-Duc intervient d’abord sur la structure.
À sa mort, en 1879, Gustave Eiffel prend le relais.
Bartholdi, Viollet-le-Duc, Eiffel, cette statue avait tout de la maestria architecturale française.
Du rêve à l’icône
Une fois terminée à Paris, la statue est officiellement remise à l’ambassadeur américain le 4 juillet 1884.
Elle est démontée, placée dans des caisses, expédiée vers New York.
Mais l’aventure manque encore de s’arrêter : le financement américain du piédestal patine.
Le journaliste Joseph Pulitzer (le fameux prix du même nom...) lance alors une campagne dans son journal The World, récoltant 102 000 dollars auprès de plus de 120 000 donateurs.
Le 28 octobre 1886, la statue est inaugurée en grande pompe à New York.
Regardez le teaser vidéo de l’exposition au musée d’Orsay ici.
Une visite, deux expériences
La visite classique se prolonge avec Une statue pour la liberté, le rêve de Bartholdi, de Paris à New York, une expérience en réalité virtuelle installée sur près de 700 m² à Orsay.
Elle promet d’emmener les visiteurs au cœur du chantier, là où les maquettes, les volumes et les tôles de cuivre prennent une échelle difficile à imaginer dans une vitrine.
Orsay expose l’ambition mondiale de Bartholdi ; Colmar conserve l’intimité de l’artiste, dans sa maison natale de la rue des Marchands.
Les deux lieux se complètent à l’occasion de cet évènement. Le musée Bartholdi à Colmar présente une expo photo “Objectif Liberté”, jusqu’au 31 décembre.
Photos@wikipedia et @Orsay


