La sécurité au lycée des métiers Jean-Frédéric Oberlin à Strasbourg est renforcée depuis l’agression lundi après-midi d’un professeur.
Un individu, extérieur à l’établissement, aurait sauté au dessus d’un mur hier pour se rendre dans une classe. Il a agressé et frappé un professeur de mathématique, devant ses élèves. L’homme, légèrement blessé, a porté plainte. L’agresseur, un jeune, est toujours recherché par la police.
Tchapp s’est longuement entretenu avec David Grisinelli, un collègue du professeur agressé, secrétaire du syndicat UNSA Bas-Rhin.
Comment va l’enseignant blessé ?
Il est choqué, en arrêt. Comme les vacances débutent ce soir, il va en profiter pour se remettre. Mais l’ensemble du personnel est sous le choc. La solidarité est très grande entre nous.
Votre réaction ?
Nous voudrions mener une action symbolique, un rassemblement par exemple, peut-être à la rentrée après les congés, si le professeur est d’accord qu’on fasse cela pour lui. C’est quelqu’un de discret, calme, nous allons en discuter. Nous voudrions surtout organiser un vrai temps de paroles, entre les enseignants et les autres membres de l’équipe du lycée, pour comprendre, partager. Ce sera également à la rentrée. Dans ce genre de situation, il est bon de ne pas réagir à chaud.
Vous demandez plus de sécurité ?
À ceux qui prônent le tout sécuritaire, je veux dire que c’est un non sens. Regardez, l’individu qui a violemment agressé l’enseignant est passé au dessus d’un mur. On va mettre des policiers aux 4 coins du lycée ? Ce n’est pas possible. Mais nous pouvons améliorer la circulation des élèves et faire des aménagements. La réponse doit être ailleurs, le mal est bien plus profond.
Sentez-vous l’ambiance se détériorer avec les élèves ?
Il faut se poser cette question : “Pourquoi l’école, symbole de la République, est-elle prise pour cible ? Je ne parle pas que d’Oberlin. C’est un comble de voir des jeunes en difficultés s’en prendre à la seule institution qui peut les aider à s’en sortir ! L’école ne répond plus aux attentes et nous ne pouvons plus répondre par manque de moyens ou de reconnaissance. Le regard que nous posons sur l’école est problématique.
Vous espérez une réponse politique ?
Du courage politique plutôt. Nous entendons tout le temps de beaux discours, sur l’intégration, la mixité, l’insertion, on demande aux équipes d’imaginer des parcours pédagogiques innovants. Mais il n’y a pas de suite, pas de moyens, pas de retours. À Oberlin par exemple, nous aurions besoin d’un second conseiller principal d’éducation, pour dialoguer avec les élèves, les parents, guider les jeunes. Nous sommes le seul lycée pro du Bas-Rhin à n’avoir qu’un CPE, impossible de bien faire son travail. Et puis, une question : quand on écoute certains candidats expliquer “qu’ils vont remettre au travail ces feignants de professeurs”, est-ce qu’on est encore un rempart de la République ? Non !
Vous parlez d’un problème de fond, qui mettra longtemps à se régler. Il y a aussi des mesures urgentes à prendre.
Oui, c’est un problème de société. Mais nous faisons face, parfois, à une vraie détresse, au quotidien. Ces 15 dernières années par exemple, les aides, pour acheter un livre ou juste se payer la cantine, ont diminué de 50%. Quand un jeune vient au lycée alors qu’il a faim, vous croyez qu’il est dans quel état d’esprit ? Ces petits détails nourrissent un climat de plus en plus difficile entre nous. Il est temps de se réunir et d’échanger pour apporter des solutions, y compris avec les élèves.
Dans un communiqué, le rectorat à Strasbourg condamne évidemment cette agression. Une cellule d’écoute est mise en place pour les enseignants d’Oberlin et les lycéens.


