Selon rapport de l’Autorité de Sûreté Nucléaire, la centrale nucléaire de Fessenheim est l’une des plus sûres de France.

Pour éplucher le rapport de 536 pages sur “l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France”, c’est ici.

Vieille mais vaillante. A priori...

A part pointer la menace d’une attaque extra-terrestre, les opposants à la centrale nucléaire usent depuis des années des mêmes arguments pour alerter l’opinion publique. La plus vieille centrale nucléaire de France (en exploitation depuis 1977), est la plus dangereuse. Elle est vétuste, ne résisterait pas à un tremblement de terre, un tsunami (!), les pannes à répétitions montrent bien les failles de la technologie. En plus, la sécurité (anti terroriste) sur le site laisserait à désirer. Et de prévenir : ceux qui disent le contraire mentent !

En 2012, tout le monde s’en souvient, François Hollande a fait la promesse de fermer Fessenheim, trop vieille. La suite, vous la connaissez...

L’ASN trouble un peu le débat. Pour l’organisme (censé être indépendant), la centrale de Fessenheim serait l’une des plus sûres de France. Page 399, extrait : 

L’ASN considère que les performances ne matière de sûreté nucléaire du site de Fessenheim se distingue de manière positive par rapport par rapport à l’appréciation générale que l’ASN porte sur EDF. 

En décodé, ça voudrait dire “c’est mieux qu’ailleurs”. Depuis 2011, EDF aurait dépensé plus de 100 millions d’euros sur le site pour renforcer la sécurité des installations, dont un radier, la dalle sous le réacteur.

Alors ?

Pour le gouvernement, la centrale doit fermer. C’est politique, c’est une “vision” de l’avenir énergétique du pays. Point. Il y peu de temps, le ministère de l’environnement proposait même 100 millions d’euros à EDF en guise de compensation. Le chiffre a fait rire jaune l’électricien, qui s’attendait à un chèque d’au moins 2 milliards d’euros. Hier, Emmanuel Macron, ministre de l’économie, a déclaré que la compensation allait être déterminée par des experts indépendants. 

Et en cas d’alternance en 2017 ? Les défenseurs de l’atome misent sur cette échéance alors que les “anti” réclament une fermeture immédiate. Pas dingos les écolos, ils savent très bien qu’un nouveau gouvernement, de droite par exemple, peut défaire la promesse non tenue par la gauche. 

Prenez Nicolas Sarkozy par exemple. L’ancien Président de la république, candidat probable à la primaire à droite était à Fessenheim lundi. “S’il y a alternance l’année prochaine (sous-entendu avec “moi”), la centrale continuera de fonctionner.” Applaudissements chez les salariés, on s’en doute. 

Prenez l’autre favori de la primaire à droite, Alain Juppé. Hier à Colmar, l’ancien premier ministre de Chirac n’a pas dit autre chose. “Il ne faut pas fermer Fessenheim, c’est une centrale sûre”. Ecoutez-le, en vidéo, dans notre slider. Reportage à retrouver sur Alsace20.

Donc ?

Aujourd’hui, il n’y a pas de date précise sur un commencement de fermeture de Fessenheim. Mise à l’arrêt possible au démarrage de Flamanville, fin 2018. Il n’y a pas non plus de chiffres sur le coût du démantèlement.

On continue à turbiner alors ? Pas si facile. Dans son rapport, l’ASN évoque également la suite, la prolongation au delà des 40 ans d’utilisation d’un réacteur. Les enjeux sont importants et le contexte “préoccupant” selon l’organisme. Pour poursuivre l’exploitation des centrales, EDF devra débourser au moins 30 à 50 milliards d’euros pour le ‘grand carénage’. Une somme astronomique qui va devoir faire débat. Et là, c’est un argument de plus pour les écologistes qui plaident pour davantage de renouvelables.