L'inflation alimentaire affiche 1,1 % sur un an selon l’INSEE. Un chiffre qui ne veut rien dire : dans les rayons frais, la note grimpe cinq fois plus vite, et l'essentiel du choc arrive à peine en caisse...

Il y a une statistique rassurante et il y a votre ticket de caisse. Les deux ne racontent pas la même histoire.

La statistique, c'est celle de l'INSEE : en août 2026, les prix alimentaires ont progressé de 1,1 % sur un an, à peine plus que le mois précédent. Cool non ?

Le ticket de caisse dit autre chose...

Derrière cette moyenne se cache une fracture nette : les produits frais bondissent de 5,8 % sur un an, contre 0,5 % pour le reste de l'alimentation.

Le rayon frais vaut de l’or

Les fruits et légumes coûtent de plus en plus. L'observatoire de Familles Rurales, qui a effectué 118 relevés en grandes surfaces dans 40 départements en juin dernier, mesure une hausse moyenne de 10 % sur les légumes conventionnels et de 7 % sur le bio.

Le détail est plus brutal que la moyenne. La courgette prend 32 % en un an, la tomate 31 %, le haricot vert 24 %. Seuls l'oignon, en recul de 23 %, et la pomme de terre, de 13 %, échappent au mouvement. Pour le moment…

Sur le marché de Rungis, mi-septembre, le haricot vert se négociait à 8,89 € le kilo et la tomate grappe à 6,16 €. Il s'agit de prix de gros, avant la marge du détaillant.

La tomate grappe avait gagné 140 % en trois mois !

La cause est identifiée : cinq canicules en deux mois ont laminé les rendements. Bercy chiffre la chute de la production agricole estivale à 8 %.

Que Choisir relève un bond de 17 % sur les légumes négociés à Rungis en août, de 6 % sur les fruits d'origine française, et pointe les variétés les plus touchées comme l’artichaut, la laitue, le poivron, la tomate, le poireau. C’est simple, l’organisme de défense des consommateurs parle d’une inflation “record”.

Vous voulez un chiffre pour plomber l’ambiance à l’apéro ? Depuis 2015, les légumes ont pris 62 % et les fruits 54 %. L'inflation générale, elle, a progressé “que” de 21 %.

La viande, le lait, c’est pour demain…

Les canicules ont fait exploser les coûts de production des fermes.

Pourquoi ? Les agriculteurs doivent acheter du fourrage pour les prochains mois, un aliment essentiel qui manque en raison des fortes chaleurs.

Des producteurs évoquent jusqu’à 30% la hausse des coûts de production ! Une hausse qui finira bien par se voir sur les étiquettes dans les prochaines semaines, pas le choix.

Les canicules ont aussi tué de nombreuses poules dans les élevages, 200 000 têtes selon certaines estimations en France. Allez hop, à la hausse le prix du poulet et des oeufs. Pas le choix non plus.

Pareil pour le lait. Le déficit de pousse d'herbe et la baisse des fourrages ont conduit à réduire les troupeaux et à des rendements moins élevés.

En Alsace, le chou et le vin à la ramasse

Le chou à choucroute, emblème Alsacien cultivé depuis le 15ème siècle, sort d'un été catastrophique : les rendements accusent une baisse de 15 à 30 % selon les premières variétés récoltées.

Au-delà de 28 °C, le chou cesse de croître et passe en mode survie.

Rendement en baisse, toute la filière souffre et cherche à compenser les pertes par des hausses de prix.

Pour le vin, c’est aussi une saison cata.

L'Association des viticulteurs d'Alsace table sur 804 000 hectolitres en production pour 2026, contre 840 000 en 2025.

À Colmar, il n'était tombé que 88 millimètres de pluie depuis janvier, moins de la moitié de l'année précédente.

Les premiers coups de sécateur ont été donnés le 11 août, du jamais-vu ! 

Alors ok, le millésime 2026 serait quali, mais avec des rendements faibles, les prix peuvent aussi augmenter face à la demande.

Un portefeuille dans le rouge pour longtemps

Les négociations commerciales entre industriels et distributeurs se tiennent du 1er décembre au 1er mars. Elles fixent les tarifs de l'année. Et les prévisions pour 2027 sont mauvaises, les effets de la chaleur de 2026 vont se faire sentir longtemps sur les étals.

Le PDG de Coopérative U, Dominique Schelcher, a prévenu à sa conférence de rentrée qu'il y aurait « de l'inflation » à l'issue du prochain cycle.

Choc énergétique, crise climatique, prix de l’essence en hausse, même chose pour le gaz, augmentation des prix des emballages par exemple, des matières premières, vous verrez dans les prochains mois les prix de vos produits préférés s’envoler.