Le documentaire “Sonita” qui raconte le parcours d’une jeune Afghane qui rappe pour échapper au mariage forcé, sort sur les écrans ce 12 octobre. La jeune femme est à Strasbourg et présentera le documentaire ce mercredi à 20h à l’UGC Ciné-Cité.
Toute de noir et doré vêtue, Sonita pénètre timidement dans les salons de l’Hôtel de Ville où elle est reçue par le 1er adjoint au maire, Alain Fontanel. Petit bout de femme au regard intense, Sonita est devenue un symbole de la lutte contre le mariage forcé. Touchée par la personnalité forte de la jeune Afghane réfugiée en Iran, la réalisatrice Rokhsareh Ghaem Maghami décide de la suivre pour livrer un documentaire sur le mariage forcé qui touche encore 15 000 jeunes ou petites filles en Afghanistan.
Ma famille est très traditionnelle, je ne pouvais pas rester longtemps à l’école. Un jour, ma mère est revenue en Iran pour me dire qu’il était temps que je me marie. Je me suis battue contre ma mère et je suis restée six mois de plus à Téhéran, avec la réalisatrice, pour poursuivre mes études.
Sonita choisit le rap pour exprimer sa colère contre cette tradition du mariage forcé. Avec l’aide de la réalisatrice, elle sort un titre et un clip bouleversant, les yeux tuméfiés, un code-barre sur le front. On vous invite vivement à le regarder ici.
J’ai perdu des amies à cause du mariage forcé. J’ai voulu écrire ce titre pour montrer à ma famille ce que cela représentait pour moi.
Les moyens de se battre
Toujours à l’Hôtel de Ville, Sonita, qui s’exprime dans sa langue maternelle, avoue qu’elle a eu peur de la réaction de sa famille.
Mais finalement ma mère m’a juste appelée et dit: “C’est bien!”
D’ailleurs, elle n’éprouve aucune rancoeur envers son père et sa mère.
Je ne leur en ai jamais voulu, car je savais que c’était la tradition. Mais je veux montrer aux filles à travers ce film que l’on a les moyens de se battre.
Sonita vit aujourd’hui aux Etats-Unis où elle est une vie de lycéenne presque “normale”.
J’ai des amies, nous allons voir des films — d’horreur! — nous faisons du vélo, nous mangeons des glaces.
Si ce n’est que la jeune femme de 20 ans ne rêve que d’une chose: retourner dans son pays et devenir leader des droits des femmes.
Je sais que c’est dangereux, mais je veux continuer à me battre pour aider les filles victimes du mariage forcé.
Un combat qu’elle vit au quotidien.
Alain Fontanel l’a d’ailleurs justement souligné:
Vous êtes une personnalité remarquable, vous avez choisi de vous affirmer et de vous libérer par une double transgression culturelle, en refusant la tradition et en vous produisant sur scène.
Et Françoise Bey, adjointe aux droits des femmes de rappeler que juste à côté, dans nos quartiers, des jeunes filles subissent le même sort intolérable du mariage forcé...


