Claire Koç : je me sens comme une résistante

Samedi 20 février, la librairie Kléber à Strasbourg organise une présentation virtuelle du livre de la journaliste Claire Koç, “Claire, le prénom de la honte”.

L’auteure sera présente en live via Instagram, à partir de 18h.

Née en Turquie à Tunceli, Claire Koç a passé de nombreuses années à Strasbourg avant de poursuivre sa carrière de journaliste à Paris.

Dans son premier livre, “Claire, le prénom de la honte” (Albin Michel), elle raconte son parcours du combattant pour défendre son choix de devenir française. 

Pas forcément face aux institutions, mais contre sa famille, ses proches, ses amis, qui l’accusent de renier ses origines.

Ce livre est une lettre d’amour à la France, et une mise en garde contre le communautarisme. 

Tchapp a contacté Claire Koç. Femme passionnée, elle a été obligée de couper avec sa famille pour ses convictions. Et dénonce une politique d’intégration ratée depuis trop longtemps. 

La culture française vous a sauvée ?

Absolument. C’est ce qui fait que je suis une femme libre aujourd’hui, journaliste, assumée. J’ai grandi dans une famille et au sein d’une communauté où il était très mal perçu d’adopter les codes, les conduites, les habitudes des français ou françaises. “Moi, je n’oublie pas d’où je viens” était la remarque que j’entendais le plus souvent chez moi. Comme si, en voulant m’habiller autrement, avoir des amis, étudier, penser différemment, je reniais mes origines turques. Alors que pas du tout. Je suis fière de mes origines, mais mon identité s’est construite autrement, en France, avec les valeurs de la France. Ce sont deux choses différentes. J’ai appris le libre arbitre ici. Même la féminité... Des notions impossibles à toucher dans mon cercle familial, où les faits et gestes de la femme étaient scrutés et très normés, plus souvent en cuisine que dehors à vivre.

Vous évoquez l’idée d’un vase clos, d’un communautarisme prégnant.

L’assimilation est un tabou aujourd’hui. Il faut en parler pourtant. Quand vous vivez dans votre communauté, avec vos familles, dans votre quartier, avec vos commerces, vos chaines de télévisions étrangères, votre culture, vos traditions, c’est comme si vous étiez élevé en Turquie. Alors que vous êtes en France… Il y avait une véritable méfiance contre la France. Mes frères ne comprenaient pas que je me passionne pour la culture, les valeurs, la vie de ce pays. 

Vous avez changé de prénom.

Oui, j’ai été naturalisée en 2008. Je voulais absolument porter cette identité française, en plus de mes origines. Et j’ai été accusée de tous les maux par ma famille. J’étais une sale française…

Vous savez, on vous demande de chanter la Marseillaise. J’étais comme une résistante, heureuse ! Mais quand j’expliquais ça à mes amis, des français, ils ne comprenaient pas. Pour eux, c’est un chant raciste. Alors que pour moi, c’est le chant qui appelle à une union de tous et toutes.

Entre autres problèmes, les associations qui aident à l’intégration ne font pas le job selon vous.

Un étranger bien intégré, c’est moins de boulot pour elles. Donc oui... J’ai vu des associations maintenir sous cloche des familles entières, ne pas les ouvrir aux habitudes en France. Les familles s’excluent toutes seules. Et ce qui est incroyable, c’est que l’école ne joue plus son rôle d’intégration, d’apprentissage des valeurs. C’est tabou. On n’apprend plus la fierté d’être français. Il faut se taire. C’est mal perçu. Mais comment réussir une assimilation si vous ne parlez pas de ce qui anime un peuple ? Pour moi, c’est de la non assistance à personne voulant s’intégrer. 

Si vous aviez la peau plus blanche, avec Marguerite Schmitt comme identité sur votre passeport, on vous taxerait de raciste ou d’identitaire à vouloir porter le drapeau ainsi.

Oui et c’est un problème non ? Ça prouve qu’il y a eu un véritable abandon de ce qui a forgé l’identité du pays. C’est être raciste que d’aimer la France et de souhaiter défendre des principes de liberté, d’éducation, d’ouverture ? De dénoncer le communautarisme qui empêche de nombreuses personnes comme moi, de faire un chemin vers une autre identité ? La véritable question est comment réussir son intégration en chérissant ses origines, tout en embrassant les codes et les idéaux du pays qui nous accueille.

Vous citez Joséphine Baker en ouverture du livre.

Quelle grande dame ! “Ici, je savais que je serais sauvée, que je pourrais vivre pour une cause, et cette cause, c’est la fraternité humaine.” Elle a été accueillie en France. Et elle n’a cessé d’en parler avec gratitude, même avec Martin Luther King. On a tous oublié que la France portait des valeurs comme nulle part ailleurs dans le monde. 

Vous avez offert le livre à votre famille à Strasbourg ?

Non. Au bout de 45 ans, mes parents ne parlent toujours pas le français et ne savent donc pas lire cette langue. Vous vous rendez compte ? Vous comprenez le problème maintenant ? Ma famille a coupé les ponts avec moi, parce que trop “française” à leurs yeux. 

Un espoir de mieux ?

Ne pas avoir honte d’être français, repenser l’éducation, le dialogue, faire comprendre que vivre dans un pays n’est pas renier d’où l’on vient. C’est ça la nation, non ?