Camille Cireddu, jeune graphiste strasbourgeoise, a créé “Le mot rose”, une petite entreprise de broderie. Des broches, des pompons, des petits personnages… et des vulves.
Il est des luttes qui passent un peu inaperçues, qui continuent leur chemin sans bruit. Qui portent pourtant haut et fort des revendications essentielles : celles d’assumer son corps, sa féminité, tout simplement.
Camille Cireddu, 21 ans, brode depuis un an des broches, des petits personnages colorés, des plumes de paon… ainsi que des tétons et des vulves.
Nous la rencontrons dans un petit café strasbourgeois ; elle est assise dans un fauteuil, penchée sur son tambour, occupée à faire le contour d’un téton de la taille d’une pièce de deux euros. Un téton tout rose, “mais les couleurs varient selon mon humeur”, confie-t-elle.
Elle farfouille dans sa boîte à créations, son petit bazar de fils et de perles, nous présente des vulves bleues, vertes, grises.
J’avais un jour regardé un film sur l’excision, qui m’avait beaucoup marquée. Du coup j’ai voulu broder des vulves, de toutes les tailles et toutes les couleurs, pour montrer que nous n’avons pas à avoir honte de notre corps et pour que les gens les portent et en soient fiers.
Elle a appris toute seule à broder, sans l’aide de personne, si ce n’est un ou deux manuels de broderie — mais elle s’en est vite détournée :
Je ne suis pas trop les techniques de la broderie, je préfère être moins académique, faire les choses comme je les sens plutôt que selon un modèle !
Les chemins tout tracés, ce n’est effectivement pas son truc.
La jeune femme espère vivre un jour de son art : elle vend ses créations sur Etsy, une plateforme de vente pour les petits créateurs comme elle.
En attendant des jours plus fastes, elle a un petit job à côté — et continue de coudre, plusieurs heures par jour, des pompons, des broches, des plumes de paon, des petits cactus…


