Serge Dumont est enseignant-chercheur à l’Université de Strasbourg. Depuis des années, il alerte sur l’état dégradé de la nappe phréatique en Alsace. Son témoignage sur Tchapp après un été sec et caniculaire. 

Scientifique (maître de conférence en hydroécologie), Serge Dumont a aussi une âme d’explorateur.

Depuis des années, il s’intéresse à la biodiversité des milieux aquatiques en Alsace. 

L’enseignant de Strasbourg réalise des films et documentaires.

Son plus célèbre, “Le Fleuve Invisible, un trésor sous la plaine du Rhin”, présente les liens entre pluies, nappe phréatique et le Rhin. Depuis sa sortie en 2019, le film rafle les prix des festivals dédiés à la nature en Europe.

Tout est interconnecté en Alsace, tout est dépendant, chaque élément alimente l’autre, c’est une mécanique complexe

nous explique Serge Dumont.

Petit, son père l’emmenait pêcher. Sa passion pour les rivières est née à ce moment.

Lanceur d’alerte

Au début, Serge Dumont admire. 

Peu de gens connaissent la biodiversité des rivières et des zones humides d’Alsace. C’est un trésor. Mais en péril…

Pour son film “Le fleuve invisible...”, Dumont voulait, d’abord, faire un documentaire axé sur la découverte et la beauté des lieux.

Il y a de ça. Mais j’ai aussi voulu prévenir et alerter. Parce que ces dernières années, je vois, j’assiste, à la disparition de cette biodiversité si particulière dans la région.

Et après l’été qu’on a passé, sec et caniculaire, Serge Dumont n’est pas très optimiste…

Cet été l’Andlau était à sec sur plusieurs kilomètres. De nombreuses rivières phréatiques en Alsace sont asséchées. Le problème est récurrent, ça va devenir la norme dans le futur, et nous assistons à un bouleversement majeur.

L’interview vidéo de Serge Dumont a été réalisée près de Huttenheim, dans le Ried.

Non, ce n’est pas un sentier forestier à l’image, mais bien une rivière phréatique complètement asséchée…

Réchauffement et irrigation (entre autres)

Le réchauffement climatique bouleverse l’écosystème local.

Les sécheresses en été, les hivers secs, n’arrangent rien.

Le 13 août dernier, on atteignait un point bas historique concernant le niveau de la nappe phréatique en Alsace, à un point de mesure. 

Pas grave si ? La nappe alsacienne a la réputation d’être inépuisable de toute façon...

C’est un mythe qui doit s’arrêter ! Oui, il y aura toujours de l’eau, en profondeur, des milliards de m3. Mais, vous risquez de perdre le premier mètre de la nappe, et ça c’est dramatique parce si elle disparait, tout devient aride. Imaginez les conséquences…

Serge Dumont ne veut pas passer pour un oiseau de mauvaise augure. 

De toute façon, après trois jours de pluies, tout le monde va oublier le problème. Mais il en faudrait des semaines entières… Et des années pour que des poissons repeuplent certaines zones de la région, où ils ne sont déjà plus. Il faut dire les choses, des habitudes doivent changer.

Exemple : l’irrigation de certaines cultures seraient à revoir selon lui.

Prenez le maïs. La plante a besoin d’eau quand il y en a pas, en été. Il faudrait dans certains secteurs imaginer d’autres cultures, moins gourmandes en eau.

En 2019, l’irrigation des cultures en Alsace a nécessité 102 millions de m3 d’eau explique Serge Dumont, en se basant sur études d’organismes officiels.

Principalement le fait de 1500 “grands” agriculteurs dans la région, durant les mois d’été. 

Cette consommation d’eau est équivalente à celle de toute la population alsacienne (1,9 million), sur un an…

On marche sur la tête… Combinez irrigation intensive plus sècheresses consécutives plus d’autres éléments comme le tracé de certaines rivières, et vous assistez à ce qu’on voit aujourd’hui.

Des changements

Serge Dumont appelle à des actions concertées, entre le monde agricole, industriel, l’État, vous, nous tous, pour préserver cette richesse qui va devenir un enjeu majeur à l’avenir.

La bataille de l’eau , même en Alsace, en quelque sorte...

Dans d’autres régions de France cet été, la Corse par exemple, des villages n’avaient plus d’eau potable. Les habitants étaient alimentés avec des citernes. 

Des communes ferment des piscines par manque d’eau, et à cause également de l’explosion des coûts de l’énergie. 

Si on plante des arbres et des bocages, si on repense les prairies par exemple, il est possible d’économiser 42% de consommation d’eau pour des cultures ! 

Reste à convaincre et à sensibiliser. Alerter plus tôt, accompagner les transformations, faire de la pédagogie.

Franchement, nous les scientifiques, nous ne savons pas ce qu’il va se passer dans 10 ans. La crise climatique est intense, partout dans le monde. La marge de progression est immense aujourd’hui pour tenter de se prémunir.

Biobernai

Le salon du bio Biobernai est organisé du 16 au 18 septembre, à Obernai, sur le parking des remparts.

Cette année, les organisateurs ont décidé de mettre l’eau au coeur des thématiques qui seront abordées sur place.

Serge Dumont y présentera son film “Le Fleuve invisible...” le 16 septembre à 16h.

Après la projection, le chercheur participera à une table ronde avec d’autres acteurs locaux, pour rappeler l’urgence de préserver cette précieuse eau.

Suivez Serge Dumont sur sa page Facebook

Participez au salon Biobernai, le programme

Tchapp est partenaire de Biobernai.

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